Une chronique de Charles Delhez

L’Église : un système qui s’effondre

Charles Delhez Publié dans La Libre Belgique 26 Feb. 2019 

Une chronique de Charles Delhez s.j.

Les affaires de pédophilie, d’abus sexuels, de double vie, de destruction de dossiers compromettants en sont le révélateur. Se transformer radicalement ou mourir, tel est le choix.

L’Église ne va pas bien, l’Église catholique. Les affaires de pédophilie, d’abus sexuels, de double vie, de destruction de dossiers compromettants qui éclatent dans la presse en sont le révélateur. Une culture de l’abus et du silence s’est mise en place, un système s’est érigé à l’opposé du message originel. Jusqu’au sommet de l’Église, éclate en plein jour des incohérences qui semblent parfois totales. La crise est d’envergure. Il reste sans doute de fidèles serviteurs, mais les scandales sont décidément trop scandaleux.

En matière de pédophilie, la loi de l’omerta a régné et règne sans doute encore. On a trop souvent fait passer l’institution avant les victimes elles-mêmes. Mais ce n’est pas de ces drames que je veux parler ici, mais du système lui-même. L’Église, qui a l’habitude d’inviter le monde entier à la conversion, devrait comprendre que c’est d’une transformation radicale qu’elle a elle-même besoin. Le Pape a pris amplement la mesure de cette crise majeure et a rassemblé, à Rome, les hauts dignitaires de l’Église. Ce sommet laisse encore les victimes sur leur faim et l’on attend les mesures de définitives, ainsi que la vérification par les actes. Mais c’est quand même un pas important.

Cela dit, c’est tout le système qu’il faut revoir. L’Église, dans son organisation, est devenue un corps de spécialistes qui font carrière. Elle s’est structurée à la verticale, de manière pyramidale et hiérarchique, nous imposant des pères et des maîtres. Le pape François, dans des mots parfois très durs, stigmatise ce cléricalisme. C’est précisément ce que Jésus a combattu. Il voulait faire de nous tous des frères. « Scribes et pharisiens hypocrites », clama-t-il.

C’est à tout le système que j’en veux, un système qui atteint sa limite extrême et qui étouffe le meilleur de ces personnes qui se sont engagées à son service. Un système qui, dans le cadre de la pédophilie, est devenu criminel. Tout doit donc changer. Et c’est une question tellement plus vaste que l’ordination des hommes mariés : n’a-t-on pas donné trop de pouvoir aux prêtres ? Et ils se sont laissé faire ! Le pouvoir a en effet ses charmes.

Se transformer radicalement ou mourir. Tel est le choix. On a mis trop de poids sur les rites, les dogmes, la hiérarchie, oubliant que le christianisme est un style de vie, celui de Jésus, et un art de vivre en société dans la fraternité et l’entraide. Le Christ n’est pas venu fonder une institution de plus. Il a voulu toucher le cœur de l’homme.

La situation actuelle m’attriste profondément, car c’est mon Église et le Christ lui-même y est en souffrance. Ne généralisons cependant pas. Même si le système est obsolète, il y a toujours des anonymes qui vivent de l’Évangile et qui empêchent le monde lui-même de sombrer. Et il y a aussi des signes d’espoir : le courage du pape François et tout simplement le fait que ses affaires apparaissent enfin au grand jour. Heureusement, dirait le cardinal De Kesel, que tout cela est arrivé à la connaissance du public…

Je ne voudrais pas pour autant me désolidariser du corps quand il est blessé. Au contraire. L’Église n’a jamais eu autant besoin de nous. Rappelons qu’elle n’est pas une institution, mais une koinonia, c’est-à-dire un réseau de petites communautés qui, à la base, essayent de vivre de l’Évangile. Un minimum de structure est nécessaire pour maintenir la communion, sans doute, mais il faut qu’elle reste la plus légère possible et ne détourne pas le regard de l’essentiel.

J’y reste donc alors que certains font le choix de l’apostasie. On ne s’engage d’ailleurs jamais que pour des causes imparfaites, celles qui sont parfaites n’ont pas besoin de nous ! J’y reste parce que j’y ai reçu le meilleur, l’Évangile, et que je continue à y vivre le meilleur de moi-même. N’est-elle pas, pour moi, non pas d’abord une institution, mais des liens, une multitude de visages, de personnes qui comme moi veulent mettre leurs pas dans les pas de Jésus, chacun faisant de son mieux?