Nouvelle traduction du missel : des changements concrets. Nous apprendrons ensemble !

Publié le 24 novembre 2021 par Christophe Herinckx – Modifié le 25 novembre 2021 –  9 minutes

A partir de ce 28 novembre, premier dimanche de l’Avent, la nouvelle traduction française du missel entre en vigueur. Qu’est-ce qui change, concrètement, pour les fidèles participant à la messe ? Petit tour d’horizon des nouveautés, qui doivent nous aider à mieux vivre l’eucharistie.

Il ne s’agit pas de changement pour le changement. Si, en 2001 déjà, le pape Jean-Paul II (dans son décret Liturgiam authenticam) a demandé à ce que toutes les traductions du lectionnaires et du missel soient revues, c’est parce que certaines formules de la traduction de 1972-75 n’étaient pas très heureuses. Le sens du texte original en latin – celui du missel de Paul VI de 1970 –  n’était pas toujours rendu dans toute sa richesse et toutes ses nuances, rendant sa compréhension parfois difficile. En outre, l’évolution de la langue française justifie que les textes du missel (qui contient l’ensemble des prières dites au cours de l’eucharistie, par le président et les fidèles) aient fait l’objet d’une révision en profondeur.

La nouvelle traduction, fruit d’un travail de près de vingt ans,  entrera en vigueur au premier dimanche de l’Avent, dans tous les diocèses francophones du monde. Elle doit favoriser la participation des fidèles à ce qui se passe, et se dit, au cours de l’eucharistie. doit favoriser la participation des fidèles l’eucharistie. En plus de la révision d’un certain nombre de prières, préfaces et dialogues rituels, une plus grande place est donnée au silence et à la gestuelle. Autre évolution, les adresses sont désormais inclusives : « frères et sœurs » au lieu de « frères » auparavant – une volonté chère aux Eglises suisse et canadienne, et qui correspond au texte latin. Enfin, l’accent est mis sur l’eucharistie en tant que mystère.

Quelques changements concrets de cette nouvelle traduction du missel

Parmi les « nouveautés » de cette traduction, citons-en quelques unes parmi les plus marquantes les changements sont écrits en rouge) :

1. Salutation mutuelle

Au début de la célébration, le prêtre accueille les fidèles en leur souhaitant la présence du Ressuscité. La nouvelle traduction souligne cela en utilisant le mot « Christ ».

La grâce de Jésus, le Christ, notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père, et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous.

2. Acte pénitentiel

Le rite pénitentiel démarre désormais avec la mention « Frères et sœurs ». Une mention que l’on retrouvait déjà dans le missel latin. « Nous avons péché » remplace « nous sommes pécheurs », l’accent est donc mis sur l’acte plus que sur la personne. La Vierge Marie gagne le vocable de bienheureuse.

Frères et sœurs, préparons-nous à célébrer le mystère de l’eucharistie, en reconnaissant que nous avons péché.

Je confesse à Dieu tout-puissant, Je reconnais devant vous, frères et sœurs, que j’ai péché en pensée, en parole, par action et par omission. Oui, j’ai vraiment péché. C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi, frères et sœurs, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

3. Je crois en Dieu

Le Credo, dans la version du Symbole de Nicée-Constantinople, est marqué par un changement… substantiel. Pour exprimer l’identité de substance du Fils avec le Père, l’ancienne traduction utilisait la formule « de même nature que le Père« . La nouvelle traduction est plus fidèle à l’original latin: « consubstantiel au Père ». Si ce terme devra sans doute faire l’objet d’une explication, il s’agit de la formulation théologique adéquate, fruit de longs débats qui ont abouti aux dogmes formulés par les conciles oecuméniques de Nicée I (325) et de Constantinople I (381). Ceux-ci ont tenté, justement, de formuler le plus exactement possible que le Père et le Fils sont de même substance, et donc que le Fils est « autant Dieu que Dieu » le Père. Le terme latin, consubstantialis, est lui-même une traduction du grec homoousios.

La traduction du Symbole des apôtres demeure quant à elle inchangée.

« Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant,
créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible,
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ,
le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles :
Il est Dieu, né de Dieu,
lumière, née de la lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu
Engendré non pas créé, consubstantiel au Père,
et par lui tout a été fait. »…

4. Liturgie eucharistique

Différents changements ont également été apportés à la traduction des prières de la liturgie eucharistique. Le renouvellement des formules de la préparation des dons et de la prière sur les offrandes manifeste davantage que Dieu est à la source de ce que nous lui offrons sous la forme du pain et du vin.

Préparation des dons

Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’univers : nous avons reçu de ta bonté le pain que nous te présentons, fruit de la terre et du travail des hommes ; il deviendra pour nous le pain de la vie.

Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’univers : nous avons reçu de ta bonté le vin que nous te présentons, fruit de la vigne et du travail des hommes ; il deviendra pour nous le vin du Royaume éternel.

Prière sur les offrandes

Président: Priez, frères et sœurs : que mon sacrifice, qui est aussi le vôtre, soit agréable à Dieu le Père tout puissant.

Réponse de l’assemblée : Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice à la louange et à la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute l’Eglise.

Cette formule remplace entièrement la précédente: « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Eglise. » Il ne s’agit toutefois pas d’une nouveauté, mais d’une reprise du dialogue original en latin. Il faut d’ailleurs souligner que la plupart des traductions en langues « vernaculaires » du missel de 1970 avaient maintenu cette formulation.

5. Agneau de Dieu

Outre le pluriel réitéré des « péchés », l’Agneau de Dieu se clôt désormais par « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau », au lieu de « Heureux les invités au repas du Seigneur ». Une invitation à la communion permettant d’exprimer le mystère de l’Alliance avec Dieu.

Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.
Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.
Agneau de Dieu qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix.

Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde.

Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau !

6. Rites de conclusion

Jusqu’à présent, le prêtre renvoyait les fidèles en disant : « Allez, dans la paix du Christ ». La nouvelle traduction offre trois autres formules possibles (au choix) :

Allez porter l’Evangile du Seigneur.

Allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie.

Allez en paix.

Importance du silence, du chant, de la gestuelle

Préface de la nouvelle traduction du Missel Romain

Outre les nouvelles traduction de prières, la création de nouvelles préfaces et l’ajout d’un certain nombre de messes pour des circonstances particulières ‘pour des exilés, des réfugiés, des amis…), le missel insiste sur l’importance de trois éléments qui font partie intégrante de la liturgie : le silence, le chant et les gestes ou attitudes qui accompagnent certaines prières, et qui favorisent, encore une fois, la participation des fidèles à la liturgie.

Comme le rappelle la Présentation Générale du Missel Romain (PGMR), « le silence sacré fait partie de la célébration ». « Pendant l’acte pénitentiel et après l’invitation à prier, chacun se recueille; après une lecture ou l’homélie, on médite brièvement ce qu’on a entendu; après la communion, le silence permet la louange et la prière intérieure ». Le silence fait donc partie de l’action liturgique et offre la possibilité d’un accueil de la Parole de Dieu. La nouvelle traduction du missel indique ainsi un nouveau temps de silence après le Gloire à Dieu : « Tous prient en silence quelques instants, en même temps que le prêtre. Puis, le prêtre, les mains étendues, dit la prière d’ouverture ou de collecte ».

La nouvelle traduction rappelle également que la prière liturgique est une prière chantée. Elle accorde ainsi une certaine place au latin, en proposant de chanter dans cette langue le Gloria, le Credo ou encore le Pater Noster. Les préfaces chantées seront aussi publiées avec la nouvelle traduction.

À plusieurs endroits, enfin, le nouveau texte précise les gestes du prêtre et ceux de l’assemblée. Il vient par exemple renforcer l’invitation à s’incliner lors de l’évocation du mystère de l’Incarnation dans le Je crois en Dieu, ainsi que dans le symbole de Nicée-Constantinople et le symbole des Apôtres. Dans ce dernier, il est demandé de s’incliner de « Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur » à « né de la Vierge Marie ». Dans le symbole de Nicée-Constantinople, l’assemblée est priée de s’incliner pendant la phrase : « Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme ».

Christophe HERINCKX, avec aletheia.org

Retrouvez notre article sur les enjeux de la nouvelle traduction française du missel dans le Dimanche n° 42, en page 7, avec une analyse de Mgr Jean-Luc Hudsyn, évêque référendaire pour la liturgie.

 Toutes les nouveautés sont résumées dans ce document de la Commission Interdiocésaine de la Pastorale Liturgique (CIPL)

Présentation de la nouvelle traduction

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