HOMELIE DE LA SEMAINE POUR L’UNITE DES CHRETIENS

Voilà sans doute un des messages le plus important de l’Evangile, et ce message s’adresse à chacun de nous. Je pense que tout chrétien, devrait savoir par cœur ce beau texte ; et ne pas se contenter de le savoir par cœur, mais en faire le noyau central de sa vie.

La première chose qui me frappe, c’est qu’au dernier jour, il n’y aura qu’un seul critère de séparation entre les hommes : l’amour des « petits », l’amour des autres. Toutes nos divisions humaines, toutes ces barrières que nous avons élevées entre nous seront d’un seul coup abolies.

Il n’y aura plus de distinction entre catholiques, protestants, orthodoxes, anglicans, juifs, musulmans, bouddhistes, hindouistes, les membres de la laïcité, ni même entre croyants et incroyants. Il n’y aura plus de distinctions entre hommes de droite ou hommes de gauche, entre riches et pauvres, entre noirs et blancs. Tout cela sera aboli. Il restera une seule séparation : ceux qui ont appris à aimer leurs frères et ceux qui ne l’ont pas fait.

Nous ne serons pas jugés sur notre pratique religieuse, ni sur la qualité de notre foi, ni sur l’intensité de notre prière. Nous ne serons jugés, jaugés que sur l’amour. Et même pas sur l’amour de Dieu : uniquement sur l’amour de nos frères et sœurs.

Voilà bien une bonne nouvelle, qui concerne l’humanité entière. L’humanité ne peut être sauvée, libérée que par l’amour et non par une quelconque appartenance religieuse. Vous remarquez avec moi que c’est un message qui dépasse largement le cadre d’une religion : c’est un message proprement universel. C’est là le cœur de nos prières et nos efforts pour l’unité des chrétiens.

C’est pourquoi, dans ce tableau que Jésus nous peint de l’humanité, il nous appelle à faire preuve d’initiative concrète. « J’ai eu faim », nous dit-il. Mais il n’y a pas que les faims de nourriture. Il y a d’autres faims : La faim d’être aimé, d’être reconnu, la faim d’être accueilli et de ne plus se sentir comme un étranger. Le désir d’être considéré par les autres comme un homme et comme un frère. La faim de justice, la faim de paix, la faim de travail, pour tant de demandeurs d’emplois. Ce sont les faims de nos contemporains. Allons-nous fermer nos yeux et nos oreilles ? « J’ai eu faim. M’avez-vous donné à manger ? »

Il y a des étrangers parmi nous. Certes, nous le savons bien. Et il faut nous interroger sur nos manières d’être et de penser, sur la qualité de notre accueil : disciples de Jésus, savons-nous reconnaître en tout étranger le visage de Jésus ? C’est difficile.

Il y a aussi de ceux qui sont étrangers par rapport à notre foi catholique. Nos concitoyens qui ne sont pas catholiques, sont étrangers pour nous parce qu’ils prient autrement que nous. Ils ont droit au respect, à l’accueil. Faut-il les considérer comme nos ennemis, seulement parce qu’ils ne sont pas catholiques ?

Dieu a établi notre dignité en Christ et a fait de nous des citoyens de son royaume, non pas parce que nous avons fait quoi que ce soit pour le mériter ; mais parce que dans son amour, il nous en fait don gratuitement. Nous sommes appelés à agir de même librement et encouragés par l’amour. L’amour chrétien signifie aimer comme le Père, c’est-à-dire reconnaître la dignité de l’autre et lui donner dignité, et par là même contribuer à la guérison des blessures de la famille humaine.

Des prisonniers, il n’y en a pas que dans les prisons. Il y a aussi tous ceux qui sont enfermés, hais, déconsidérés, instrumentalisés, éliminés à cause de leurs idées ou de leur foi, parce qu’ils ont voulu rester des hommes libres et fidèles, parce qu’ils appartiennent à telle religion. Bref, le Christ nous invite à faire preuve d’imagination, pour être de ceux qui libèrent, par l’attention et l’amour qu’ils portent à leurs frères et sœurs en humanité.

Autre remarque : le Christ est INCOGNITO sur cette terre. Vous l’avez entendu : les justes comme les mauvais lui diront : « Mais, nous ne t’avons pas reconnu ! » Les justes s’en étonneront. Pour les mauvais, ce sera peut-être une excuse. Il y a parfois dans nos vies des aveuglements qui sont de bons prétextes. On ne voit pas ce qu’on ne veut pas voir.

Rappelons-nous simplement : le Christ est incognito dans la vie du monde d’aujourd’hui. Nous savons bien le reconnaître présent dans l’Eucharistie à laquelle nous participons chaque dimanche. Il faut apprendre à le reconnaître tout autant dans les « petits » que nous côtoyons, et qui croient en Dieu dans d’autres religions du monde.

Pour me faire bien comprendre, je voudrais prendre une image empruntée au langage cinématographique. Vous avez tous, un jour, regardé un western. Ça bouge, ça remue, ça galope, il y a des coups de feu… et voilà que, sur l’écran, paraît, avec le mot « Fin », une dernière image : le héros se fige…

Eh bien, c’est cela, le jugement. Nous vivons, nous avons des tas d’activités, bonnes ou mauvaises. Un jour, on écrira le mot « Fin » et, d’un seul coup, notre image sera figée pour l’éternité. Sera-ce l’image de celui qui a appris à aimer ? Ou l’image de celui qui a fermé ses yeux, ses oreilles, son cœur, à l’appel des « petits » et de ceux qui ne prient pas avec lui ?

« Au soir de cette vie, nous dit Saint Jean de la Croix, tu seras examiné sur l’amour. » Cet après-midi, Jésus souhaite que nous le rendions visite. Il est dans nos frères et sœurs orthodoxes, anglicans et protestants. Il nous dit : « Je suis universel ». Viens me rendre visite ailleurs où je me manifeste autrement que chez les catholiques.

Tchuma Kagoma

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